#DIRECT Corée du Nord : “Nous ne savons rien de l'état de santé de Kim Jong-un” – Valeurs Actuelles

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Valeurs actuelles. Kim Jong-Un n’est pas apparu lors de la fête du Soleil le 15 avril, pourtant une des plus importantes du pays. Depuis, le monde n’a pas de nouvelles officielles. Cette disparition du dictateur est-elle inédite ? 
Antoine Bondaz.
 La dernière fois que les médias nord-coréens ont mentionné la présence physique de Kim Jong-un à un événement, c’était le 12 avril, lors de sa participation à une réunion du bureau politique du comité central du Parti à Pyongyang. Le premier sujet à l’ordre du jour était d’ailleurs les mesures de prévention de l’épidémie de Covid-19. Par contre, des messages de félicitations ont été adressés en son nom à des dirigeants étrangers, le dernier en date du 28 avril étant adressé au président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Cela fait donc plus de deux semaines que le dirigeant nord-coréen n’est pas apparu en public. Ce qui n’est pas sans précédent. Par exemple, il n’était pas apparu entre la fin janvier et mi-février pendant 22 jours. Cependant, il n’a pas participé aux célébrations du 15 avril, fête du Soleil, qui correspond à l’anniversaire de la naissance du fondateur du régime et grand-père de Kim Jong-un, Kim Il-sung. Or, c’est une des fêtes les plus importantes en Corée du Nord, qui touche aux fondamentaux du régime et notamment au caractère dynastique de celui-ci. C’est la première fois depuis l’organisation de cette commémoration qu’un dirigeant nord-coréen n’y participe pas.

De nombreuses informations non vérifiées se succèdent sur l’état de santé de Kim Jong-Un. Le média américain TMZ a même évoqué sa mort. Quelle ampleur cette “révélation” a-t-elle eu sur l’opinion internationale et dans le monde asiatique ? 
Aux États-Unis et en Europe, c’est l’article de TMZ qui a fait le buzz et a enflammé les réseaux sociaux puis les médias. Or, cet article ne fait que reprendre des rumeurs publiées au Japon et sur le réseau social chinois WeChat la veille. Ce n’est en rien une “révélation” mais la médiatisation d’une rumeur puisqu’aucune source fiable et recoupée n’est mentionnée. Il est donc logique qu’une rumeur portant sur Kim Jong-un, mettant en scène l’opacité du régime, dans un contexte de pandémie de Covid-19, explose dès qu’un média comme TMZ, connu pour annoncer la mort des célébrités américaines – et non avoir des sources fiables sur les élites nord-coréennes – la publie.

Comment expliquer cet engouement autour de la possible disparition du Kim Jong-un ?
Le monde entier est friand de tout ce qui vient de Corée du Nord, et on note un très fort intérêt populaire et médiatique vis-à-vis de Kim Jong-un ces dernières années. Il est de fait devenu une célébrité très fortement médiatisée. C’est presque une icône pop, ce qui en soit pose des questions alors qu’il ne faut pas oublier que c’est un dictateur à la tête d’un, si ce n’est, le régime le plus autoritaire et le moins respectueux des droits de l’homme au monde.

Par ailleurs, les rumeurs les plus folles sur la Corée du Nord font généralement le buzz pour au moins deux raisons. La demande d’informations, généralement superficielle et ne visant pas à vraiment mieux comprendre le pays et son histoire, dépasse très largement l’offre d’informations. De plus, l’opacité volontairement entretenue du régime nord-coréen permet aux fantasmes de prendre forme. Ainsi, de nombreuses rumeurs, même délirantes suscitent de l’intérêt : l’oncle de Kim Jong-un aurait été donné à manger à des chiens, l’ancienne petite-amie de Kim Jong-un aurait été exécutée, etc.

L’état de santé du leader nord-coréen interroge, pourquoi ? 
Pour l’instant, nous ne savons rien de l’état de santé de Kim Jong-un. Il apparaît évident que son obésité, sa consommation importante de cigarettes et surement d’alcool, et ses antécédents familiaux ne contribuent pas à penser que le dirigeant est en pleine forme. Cependant, personne ne peut affirmer aujourd’hui qu’il a eu un AVC ou subit une opération cardiaque. L’annonce de la visite d’une équipe médicale chinoise est inexacte puis que les autorités chinoises ont juste relaté que des membres du Département international du Parti et des médecins s’étaient récemment rendus en Corée du Nord mais sans préciser l’objet de leur visite, qui pourrait très être en rapport avec les mesures de prévention de l’épidémie de Covid-19. 

Contrairement à ce que le grand public et les médias souvent n’apprécient pas, il va donc falloir attendre pour avoir plus d’informations, et celles-ci ne seront que très indirectes car le régime n’évoquera évidemment pas ouvertement la santé du dirigeant.

La dissimulation de l’état de santé de Kim Jong-Un n’est-elle pas justement une stratégie nord-coréenne pour observer l’impact d’une telle annonce ? 
Ce qui est clair c’est que si Kim Jong-un était dans un état de santé habituel ou en convalescence, observer les réactions internationales serait très intéressant. Premièrement, cela permet de rappeler que de nombreux satellites sont braqués sur le pays et surveillent ses moindres gestes. L’analyse de l’imagerie satellitaire permet ainsi de démontrer que son train personnel se trouve à Wonsan et que les yachts qu’ils utilisent généralement lorsqu’il s’y rend, ont été déplacés pour se rapprocher d’une de ses villas, permettant de penser qu’il se trouverait actuellement dans cette ville balnéaire sur la côte Est du pays. 

Deuxièmement, la communication des pays voisins, notamment la Corée du Sud et la Chine, ou plus lointains comme les États-Unis, est crucial afin que le régime analyse leur réaction face à l’incertitude portant sur l’état de santé du dirigeant nord-coréen. Mais c’est aussi le cas à Pyongyang, où si une partie des élites commencent à véhiculer des rumeurs ou s’inquiéter de son état de santé, cela peut être enrichissant afin de tester la loyauté et la fidélité de celles-ci. 

À l’heure où tout le monde parle en Occident du monde d’après, le régime ne serait-elle pas en train de préparer la Corée d’après Kim Jong-un ?
On parle souvent un peu trop du monde d’après ou du monde d’avant sans se concentrer suffisamment sur le monde de maintenant. Kim Jong-un reste le dirigeant incontesté et incontestable en Corée du Nord, et aucun processus de succession n’a été officialisé. 

Un remplaçant providentiel a-t-il émergé depuis plusieurs semaines ?
C’est une situation très différente des deux seules successions dans ce régime politique fondé en 1948. La succession de Kim Il-sung à Kim Jong-il avait duré des décennies et la succession de Kim Jong-il à Kim Jong-un des années. Les successeurs avaient été longuement préparés, montant progressivement dans la hiérarchie du Parti, contrôlant les postes-clés en lien avec les services de sécurité, ou encore étant présentés officiellement à la population. Rien de tout cela ne semble avoir été fait aujourd’hui. 

D’autres dignitaires du Parti auront un rôle important à jouer. Choe Ryong-hae, numéro 2 du Parti et très proche de Kim Jong-un, qui l’a accompagné pendant plus de 10 ans pendant la succession puis son arrivée au pouvoir. Mais encore une fois, de nombreuses inconnues persistent.

La sœur du dictateur, Kim Yo-jong, semble être en tête de liste pour le remplacer, cette théorie vous semble crédible ?
Ce qu’on peut dire c’est que le régime est évidemment dynastique et que les descendants de Kim Il-sung, notamment une branche spécifique, ont une autorité dynastique considérable faisant partie de ce qui est qualifiée dans le pays de « lignée de sang du Mont Paektu », cet ancien volcan étant dans la mythologie coréenne le lieu de naissance du premier roi coréen, Tangun, dont le peuple coréen serait les descendants. Par ailleurs, le Parti joue un rôle fondamental en étant la colonne vertébrale de l’organisation de l’ensemble de la société. 

À partir de là, on peut évidemment penser que Kim Yo-jong, la sœur cadette de Kim Jong-un, pourrait jouer un rôle important si un processus de succession était enclenché. Cependant, elle a une trentaine d’années, a un rôle au sein du Parti mais qui est lié au culte de la personnalité de son frère et non aux services de sécurité. Elle n’a jamais été officiellement présentée comme le successeur à la population. Enfin, c’est une femme qui est dans une société très patriarcale et machiste, ça complique les choses… 

La Corée du Nord a-t-elle déjà vécu une situation similaire dans le passé ?
Le précédent d’un dirigeant ne participant pas à un événement majeur est en septembre 2008, lorsque Kim Jong-il n’avait pas participé au 60e anniversaire de la République. On avait ensuite appris qu’il avait fait un AVC quelques semaines auparavant et avait donc été dans l’incapacité d’y participer. Cette absence et ce précédent ont donc suscité plus que des interrogations, ils ont mis en marche la machine à rumeurs. 



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