#coronavirus Coronavirus : Le message de l'OMS est-il encore audible ? – 20 Minutes

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L’OMS répète-t-elle trop son message pour qu’il reste audible ? — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Depuis le début de la pandémie, l’OMS martèle que la propagation du coronavirus s’accélère dans le monde et qu’il ne faut surtout pas relâcher la pression.
  • Un message qui semble de plus en plus inaudible à mesure qu’il se répète sans fin au fil des semaines.
  • 20 Minutes a interrogé deux expertes en communication pour comprendre les failles de discours de l’Organisation mondiale de la santé.

Une chose est sûre, on ne pourra pas leur reprocher de ne pas avoir prévenu, ni d’insister. Depuis le début de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cesse d’alerter sur
le coronavirus, d’appeler à la plus grande vigilance et de mettre en garde les pays contre un possible relâchement des gestes barrières. Encore lundi,
l’Organisation rappelait une énième fois que non, l’épidémie était loin d’être finie et augmentait même à travers le monde.

Le problème, c’est que ce message n’a jamais connu de véritable gradation, au fur et à mesure de la propagation de la pandémie. Et qu’il est répété inlassablement chaque semaine. L’organisation semble incapable d’être audible, tant et si bien que certains pays, comme les Etats-Unis, ont carrément pris la décision de la quitter, la déclarant inefficace.

L’OMS a-t-elle un souci de communication ? Une partie du problème réside dans le nom même de l’Organisation mondiale de la santé. Forcément, avec une telle sémantique, elle parle de l’impact de la pandémie sur l’ensemble du globe, là où en période de crise, chaque pays se préoccupe majoritairement de l’impact de l’épidémie dans ses frontières. Entendre dans une France déconfinée et dans laquelle la première vague n’en finit plus de finir que le coronavirus augmente dans le monde sonne un peu anachronique et peu concernant.

Silence, on ne s’entend plus s’inquiéter

Surtout, après 55 jours de confinement et près de 30.000 morts, on s’est un peu lassé des mauvaises nouvelles. Mathilde Aubinaud, communicante et co-autrice de Ecriture stratégique, va droit au but : « Le message de l’OMS est avant tout mal perçu parce que personne ne veut l’entendre, tout simplement. » Au-delà de notre amour des messages positifs, a fortiori pendant cette période, il y a tout simplement notre attrait pour les choses qui bougent : « Dans tous les pays, la situation évolue, et positivement dans beaucoup d’entre eux. Or, l’OMS fait un constat mondial qui semble, lui, statique : la situation est grave, il faut rester en alerte. Semaine après semaine », poursuit la communicante. Un immobilisme réel certes, mais peu accrocheur.

Ne serions-nous donc que des mauvais récepteurs de message pendant que l’OMS n’aurait rien à ne se reprocher ? Loin de là. L’Organisation multiplie les bourdes de communication. Même sur l’immobilisme de la situation, elle pourrait savoir mieux se vendre « en mettant en avant ses actions concrètes, par exemple avoir mandaté une enquête en Chine pour déterminer l’enquête du virus », conseille Mathilde Aubinaud.

Un message de prudence, d’accord, mais pour qui ?

Surtout, après des mois et des mois de message, on ne sait toujours pas vraiment à qui s’adresse l’Organisation. A nous, citoyens lambdas, ou aux dirigeants ? Côté « C’est aux citoyens que l’OMS s’adresse », son site répertorie même des conseils pratiques de geste barrière ou d’informations pour tous. Mais l’Organisation ne manque pas en même temps d’alerter des pays sur leur situation et de demander plus de mesures. Et ça en communication, c’est une erreur. « Pour un message efficace, il faut définir quel est le récepteur, et se tenir à s’adresser uniquement à lui », explique Mathilde Aubinaud.

Car s’adresser à tout le monde, c’est finalement ne s’adresser correctement à personne. Odile Ambry, experte en conseil et stratégie de communication, se désespère : « La communication des institutions n’a pas bougé depuis l’ORTF. C’est du Broadcast « Parce que notre message est bon, on peut le diffuser à la volée et tant mieux pour ceux qui le recevront ». Mais on n’en est plus là du tout dans la communication, qui nécessite des réseaux spécifiques et des messages adaptés à chacun. »

Pas question par contre de dire que le message a été trop répété pour être efficace. « Répéter, ce n’est pas banaliser, tranche Odile Ambry. La publicité martèle cent fois plus les mêmes messages que peut le faire l’OMS, et ça fonctionne ». Là où il y a échec, c’est dans la confusion du message, « il y a eu des allers-retours incessants d’informations différentes et contraires, sur le masque, son utilisation ou non, sur les tests, etc. » Clairement, l’OMS paie aussi son époque, entre réseaux sociaux se méfiant des institutions et de leur indépendance, matraquages médiatiques de plusieurs autres sources, brouhaha et défiance. Une explication, mais en aucun cas une excuse : « C’est même tout le problème, déplore Odile Ambry. Les institutions sont victimes de leur temps et ne savent pas s’y adapter ». Quand on vous disait que l’OMS paraissait anachronique.



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